Exercice : L’homme augmenté – Titre : Cobaye

Exercice : L’homme augmenté – Titre : Cobaye

L’objectif de cet exercice est de raconter le réveil d’un homme augmenté, en décrivant le personnage et en rapportant ses réactions. Est-il ou non satisfait, attendait-il avec impatience cette opération ou en est-il déçu, comment cohabite-t-il avec cette technologie ? J’ai pour ce texte choisi de mettre en scène deux des personnages de ma fanfiction X-Men, que j’ai initialement pris à d’autres univers.

Ed ouvrit péniblement les yeux. Sa tête tournait et il avait mal partout.
Depuis quand était-il ici ? Il l’ignorait. Une semaine peut-être, un mois, un an, dix ans ? Il avait perdu toute notion du temps. Tout autour de lui était sombre, il ne devinait que les formes des meubles qui l’entouraient. Il ressentait le froid de la table de métal contre son dos nu, les aiguilles plantées dans son bras gauche, les électrodes collées contre son torse et dans son cou. Pourquoi lui faisait-on subir tout cela ? Il ne se rappelait même pas comment il avait atterri dans cet endroit. Ce laboratoire ? Ses souvenirs étaient tellement flous. Il revoyait vaguement des hommes en blouse blanche se pencher vers lui, lui planter des scalpels et des seringues un peu partout dans le corps, lui injecter des liquides dans les veines et dans les muscles. Certains l’avaient fait dormir, d’autres lui avaient arraché des cris de douleur pendant des heures.

La souffrance était le quotidien d’Ed. À la réflexion, avait-il déjà connu autre chose ? Sa mémoire était incapable de lui apporter une réponse. Dans ses souvenirs, il n’y avait que le laboratoire, les hommes en blanc et une souffrance perpétuelle.
À mesure qu’il se réveillait, le jeune homme avait de plus en plus la nausée. Il voulut bouger, tenter de se redresser, mais dès qu’il esquissa un mouvement de l’épaule, il eut l’impression qu’une décharge le traversait de part en part. Quelque chose clochait.
En serrant les dents, Ed tourna la tête vers le côté droit et avec mille précautions, il baissa le regard vers son bras. Malgré la pénombre qui régnait dans la pièce, il vit ce qui n’allait pas. Ses yeux s’écarquillèrent d’horreur et il poussa un hurlement qui résonna dans tout le laboratoire.

***

Une alarme qui retentit. Des bruits de pas précipités. Des cris, des coups de feu, des portes qui claquent. Dans son demi-coma, Ed entendit tout, mais il était incapable de soulever les paupières. Il était à la limite entre conscience et inconscience, au point que la douleur était presque devenue tolérable.
Il ressentit une grande agitation autour de lui. Des gens couraient, se frappaient, du moins c’était ce qu’il devinait en se fiant à son ouïe. Puis le calme retomba à peu près. Il entendit des voix autour de lui, qui parlaient dans une langue qui lui était inconnue. Il comprit qu’on s’approchait de lui, mais il était impuissant, coincé dans son corps qui refusait de bouger à force des affreux traitements qu’on lui avait infligés. Quelqu’un se pencha vers lui, lui parla sans qu’il ne saisisse le sens de ses paroles. Dans un effort surhumain, Ed parvint à entrouvrir les yeux, juste assez pour apercevoir une silhouette sombre et vague qui l’observait. Il sentit des mains le saisir, ce qui raviva sa douleur jusque-là endormie. Il eut tout juste la force de pousser un grognement à peine audible avant de sombrer totalement dans une inconscience libératrice.

***

Quand Ed se réveilla, il constata tout de suite que quelque chose n’était plus comme avant. L’habituelle table de métal sous son dos était devenue un matelas moelleux. Le froid du laboratoire avait disparu, remplacé par une douce tiédeur que lui procurait une couverture étendue sur son corps. Mieux. La douleur. Elle s’était envolée.
Sans bouger, il promena brièvement son regard autour de lui. Il était dans une chambre plutôt sobre. Les rideaux de la fenêtre face à lui étaient tirés, mais il pouvait deviner les rayons du soleil qui passaient au travers. Cela faisait tellement longtemps qu’il ne les avait pas vus. Visiblement, il était seul et un silence rassurant régnait, contrairement aux continuels bips des machines du laboratoire.
Encore un peu endormi, Ed remua les épaules. Un cliquetis étrange attira son attention et acheva de le réveiller. Sans se redresser, avec hésitation, il sortit son bras gauche de sous la couette, qu’il souleva prudemment du côté droit de son corps. Il eut un sursaut et écarquilla les yeux, peu sûr de ce qu’il voyait.

Lentement, Ed s’assit sur le lit, le cœur battant. La couverture glissa de son torse nu sur lequel on avait mis des bandages là où les scalpels avaient laissé de profondes entailles. Même si sa mémoire avait tendance à lui jouer des tours, il se souvenait parfaitement de ce jour – quand exactement, il l’ignorait – où il avait baissé les yeux vers son bras droit. Tout ça pour ne constater que son absence. Au niveau de son épaule, son membre avait été sectionné, laissant sa chair à vif. Pourquoi ses ravisseurs lui avaient-ils infligé un tel traitement ? Ed l’ignorait. Il ignorait tout.
En revanche, ce qu’il savait, c’était qu’il ne possédait pas de bras en métal avant de perdre connaissance dans le laboratoire. Par réflexe, il voulut le lever, et à sa grande surprise, la prothèse obéit à sa volonté, comme si elle avait toujours été là, comme si elle était un bras ordinaire.
Les yeux ronds comme des billes, Ed porta la main métallique devant son visage pour mieux l’observer. Les détails étaient incroyables, rien n’avait été laissé au hasard. Chaque articulation des doigts avait été reproduite et il pouvait sans souci fermer son poing, comme il l’aurait fait auparavant. Ed tendit son autre main, celle encore vivante, vers le bras de métal et il le frôla. Évidemment, il ne ressentit rien. Le réalisme avait ses limites. Doucement, il fit glisser ses doigts jusqu’à son épaule, là où la prothèse était fixée grâce à d’épaisses vis qui entraient dans ses os. Il se demandait comment une telle chose était possible. Cela relevait de la magie pour lui.

Ed jeta un œil vers la porte close de la chambre où il était. Trouverait-il derrière quelqu’un qui pourrait le renseigner ? Prudemment, le jeune homme tira la couverture pour poser ses pieds sur le sol. Un nouveau tintement métallique le fit froncer les sourcils. Il se pencha en avant pour regarder ses jambes et son cœur rata un battement. Sa jambe gauche avait elle aussi été remplacée par une prothèse, fort semblable à celle de son bras, rattachée à son genou. Ed n’avait aucun souvenir de s’être fait amputer de la jambe. Quand cela avait-il eu lieu ?

— Mais qu’est-ce qui m’est arrivé ? murmura-t-il d’une voix rauque.

Soudainement, il avait l’impression de manquer d’air. Une boule comprimait sa gorge, il sentait monter en lui une panique sourde couplée à un profond désespoir. Il avait perdu son bras, sa jambe, sa mémoire et tout repère spatio-temporel. En vérité, hormis son nom, il n’avait aucun souvenir.

Avec beaucoup de précautions, Ed s’approcha du bord du matelas, prenant appui sur ses jambes, avant de se lever. Sa prothèse le soutint sans problème, et contrairement à ce qu’il craignait, il ne ressentit aucune douleur au niveau de son genou. Comme avec sa main, il put remuer ses orteils sans problème. À pas lents, le jeune homme se dirigea vers une petite table, proche de la fenêtre, au-dessus de laquelle était accroché un miroir. Voir son reflet lui causa un choc. Avant cela, il devait admettre qu’il ne se rappelait plus vraiment à quoi il ressemblait. Avait-il toujours été aussi maigre ? Peut-être était-ce dû à son séjour prolongé dans le laboratoire. Il était d’ailleurs étonné que les muscles de sa jambe droite puissent encore le porter.
Ses cheveux d’un blond qui avait depuis longtemps perdu son éclat encadraient son visage qui avait dû être beau autrefois. Ses yeux couleur noisette étaient mornes et soulignés de deux gros cernes noirs. Il supposa qu’il avait seize ou dix-sept ans.

Alors qu’il contemplait son double dans la glace, des bruits de pas en-dehors de la chambre le firent vivement tourner la tête. La porte s’ouvrit, le faisant tressaillir, et un homme qui devait avoir à peine trente ans entra dans la pièce, tenant une canne dans sa main. Son regard alla d’abord sur le lit, vide, puis il leva les yeux vers la coiffeuse et parut surpris de voir qu’Ed était debout. Un sourire se peignit malgré tout sur son visage amical et il dit une phrase que le jeune homme ne comprit pas. Il n’avait aucune idée de quelle langage il utilisait. Voyant l’incompréhension de son interlocuteur, l’homme lui dit autre chose, dans une autre langue, qu’il ne comprit encore pas. L’homme fronça les sourcils, contrarié.

— Et est-ce que tu parles l’allemand ? demanda-t-il.

Le visage d’Ed s’éclaira et il hocha la tête.

— Oui, oui, je le parle, répondit-il.

L’homme soupira, soulagé, et il referma la porte derrière lui avant de faire quelques pas vers Ed. Sa démarche était hésitante, comme si l’une de ses jambes le faisait souffrir, et il s’appuyait sur sa canne. Ed en profita pour l’observer brièvement. Il était d’assez petite taille et vêtu d’une veste de velours plutôt élimée qui lui donnait l’allure d’un enseignant. Il avait de courts cheveux châtains et bouclés et il portait de petites lunettes de vue rondes.

— Je suppose que tu dois te poser beaucoup de questions, dit-il.

Ed fit une petite grimace. C’était un euphémisme, sa tête bourdonnait de mille interrogations. Mais une particulièrement lui brûlait les lèvres.

— Est-ce que c’est vous qui m’avez mis ces … ces … choses en métal ? demanda-t-il.

L’homme sourit. Ses yeux brillaient d’une lueur bienveillante et il porta son regard sur le bras mécanique d’Ed.

— Oui, il y a maintenant trois mois, répondit-il, je …

— Trois mois ? l’interrompit Ed, estomaqué. Je suis ici depuis trois mois ?

— Oh non, depuis bien plus longtemps. Viens, asseyons-nous. Je ne peux pas rester debout très longtemps à cause de ma jambe.

Il boitilla jusqu’au lit, sur lequel il s’installa avec un soupir de soulagement. Ed le regarda un instant, indécis, avant de se décider à le rejoindre.

— Vous avez une jambe en métal, vous aussi ?

L’homme se mit à rire et il secoua la tête.

— Oh non, je ne boiterais pas comme ça sinon. J’ai reçu un éclat d’obus pendant la guerre.

— La guerre ?

— Oui. Dis-moi, comment t’appelles-tu ?

— Ed. C’est … C’est la seule chose que je sais.

L’homme fronça les sourcils.

— Hum, je vois. Je m’appelle Trevor.

Il tendit sa main vers Ed pour accompagner sa présentation. Le jeune homme la regarda avec hésitation, puis il leva sa main de métal pour saisir celle de Trevor, qu’il serra précautionneusement. Un nouveau sourire illumina le visage de son hôte.

— Quelle poigne, commenta-t-il. Je ne pensais pas que tu t’habituerais si vite à tes prothèses. Pour tout t’avouer, c’est la première fois que j’effectue une telle opération.

— Pourquoi est-ce que vous m’avez fait ça ? demanda Ed. Vous êtes un genre de médecin ?

— On peut dire ça. Un professeur, plus exactement. Tu as été trouvé dans l’un des laboratoires clandestins créé par Heinrich Himmler, il y a maintenant un an et demi. Tu étais dans un profond coma, amputé d’un bras et d’une jambe, et souffrant de plusieurs traumatismes crâniens, de fractures, de brûlures, d’infections. Les médecins de l’hôpital où tu étais pensaient que tu allais mourir. J’ai obtenu l’autorisation de te récupérer pour tenter de te soigner. J’ai des … contacts qui ont développé de nouvelles technologies. Des technologies secrètes, bien sûr. Il vaut mieux que certaines d’entre elles ne tombent pas entre n’importe quelles mains. Il nous a fallu du temps pour recréer une jambe et un bras aux parfaites dimensions de ton corps. Plus encore pour relier chacun de tes nerfs sur ces nouveaux membres. C’est grâce à cela que tu peux les bouger comme s’il s’agissait de ton bras et ta jambe d’origine. Tes fonctions vitales se sont stabilisées il y a trois jours et ton activité cérébrale est revenue à la normale, c’est pour cela que nous t’avons mis dans cette chambre. J’espérais que tu te réveilles bientôt.

Ed leva sa main de métal devant lui pour l’observer une nouvelle fois. Il peinait à comprendre qu’une telle chose fût possible.

— Tu verras, tu t’y habitueras, assura Trevor. Je suis là pour t’aider à cela. Tu dis ne savoir que ton nom. Sais-tu pourquoi tu étais dans ce laboratoire ? Et pourquoi est-ce qu’on t’a coupé le bras et la jambe ? Étais-tu dans un camp de concentration ?

Ed garda le silence, les yeux fixés sur son bras. Lentement, il secoua la tête.

— Je n’en ai aucune idée, souffla-t-il au bout d’un instant. Je ne me rappelle de rien. Rien du tout.

Trevor le dévisagea avec compassion et il posa une main sur son épaule, faisant légèrement sursauter le jeune homme.

— Je te promets de tout faire pour t’aider, Ed, déclara-t-il. Et tu es ici chez toi, aussi longtemps qu’il le faudra.

Ed remercia le professeur d’un hochement de tête. Tout se bousculait dans son esprit. Il ne comprenait pas pourquoi il n’avait aucun souvenir.

— Dites, fit-il après quelques secondes de silence. Est-ce que je suis toujours … humain maintenant ?

Trevor le fixa, surpris par sa question, puis un sourire, quoique teinté de tristesse, se dessina sur ses lèvres.

— Bien sûr Ed. Ce bras et cette jambe ne changent pas qui tu es. Ils ne le changeront jamais. Tu es et tu resteras un être humain. Pour toujours.

Ed leva les yeux vers lui et la sincérité qu’il entendit dans la voix de son interlocuteur le fit sourire à son tour. Il aurait aimé le croire, vraiment. Mais il le savait, les choses n’étaient pas aussi simples. Elles ne le seraient jamais.

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4 thoughts on “Exercice : L’homme augmenté – Titre : Cobaye”

  • Et bien, je trouve que tu as bien répondu aux exigences de l’exercice. c: Au début je me demandais ce qu’était un « homme augmenté » même si je m’en doutais, je trouvais le terme étrange, mais ça fait sens après la lecture. XD

    En tout cas, je pense que tu as bien retranscrit ce que le personnage ressent après son opération, le bouleversement de passer d’état complètement humain à celui d’un homme à moitié machine et surtout sa perte de mémoire. Ça m’a fait penser à Bucky dans Captain America, haha. XD (J’ai failli marquer Buck, comme l’hippogriffe dans Harry Potter. XDD Hawy Pottééééé!)

    Après je ne trouve pas qu’il y ait de points négatifs, t’as tout mis, les différents états par lesquels le personnage passe, la description de son changement corporel, ses inquiétudes, ses interrogations, la présence ou l’absence de douleur… D: C’est un bon texte. c: Je peux même pas dire qu’il manque de contexte, d’ellipses ou que sais-je, vu que le personnage a perdu la mémoire. XD Donc oui, il est très bien! c:

    • Merci beaucoup pour cet avis très bien construit, ça me fait plaisir !! 😀
      Maintenant, j’ai une curieuse image de Bucky avec une tête d’hippogriffe … (ce qui n’est pas sans me rappeler une certaine vidéo avec des bodybuilders à tête d’aigle, mais passons)

  • J’adore !!!
    Bon, j’ai un peu de retard par rapport à ce que j’avais dit, mais j’ai fini par trouver un moment pour venir lire ta nouvelle (il y a à la fois de la bonne et de la mauvaise fois dans cette phrase XD, c’était aussi la flemme d’allumer l’ordinateur)
    Bref, pour en revenir à la nouvelle, je suis fan, et pas seulement parce que c’est Ed. J’aime beaucoup la façon que tu as de nous plonger dans l’incompréhension du personnage, on se met vite dans sa peau à chercher à comprendre, à ne pas comprendre. Et le coup du bras de métal, quand il le voit pour la première fois et ne pas dire ce que c’est, ça rend super bien !
    Par contre, X men m’a fait pensé marvel, et marvel et Heinrich Himmler m’ont fait penser MCU, donc Trevor m’a fait penser à l’acteur du mandarin dans le troisième film d’Iron Man XDD Les cheminements de la pensée… XDD

    • Merci beaucoup Cat ! 😀 Pas de souci pour le délai haha !
      Je suis contente que ça t’ait plu, merci pour ton avis détaillé.
      A vrai dire, Trevor vient bien d’un comics, mais pas de Marvel, il s’agit du professeur Broom dans Hellboy, mais quand il est encore jeune 😉

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