Je peux être un de tes personnages ?

Je peux être un de tes personnages ?

Les personnages, un vaste sujet en ce qui concerne les romans. Tantôt fictionnels, tantôt inspirés de personnes réelles, ou parfois un mélange des deux… Ils entretiennent souvent un lien étroit avec leur créateur, l’auteur. C’est mon cas, personnellement. J’ai un rapport extrêmement intime à mes personnages, ils sont très importants à mes yeux. Et parfois, il arrive que des personnes du monde réel me réclament de devenir l’un de ces êtres que je considère presque comme sacrés…

Personnages incrustes

D’où viennent les personnages ?

Dans un roman, les personnages peuvent venir d’un peu partout. Il peut s’agir d’une personne réelle, historique par exemple, ou de votre entourage. Ils peuvent également être un hommage à quelqu’un que vous appréciez.

Vous pouvez vous inspirer de ce que vous connaissez, de personnages déjà existants dans d’autres œuvres. Mais les personnages peuvent aussi surgir de nulle part. On peut regarder un tableau, une image, une photo, croiser furtivement quelqu’un qu’on ne reverra jamais, mais qui va nous inspirer une histoire.

Victor Hugo, par exemple, avait dit s’être inspiré d’un homme qu’il avait croisé dans la rue, en train de se faire arrêter, pour créer son personnage de Jean Valjean. Charles Dickens, lui aussi, avait ces fulgurances et nombreux de ses protagonistes lui venaient de personnes rencontrées le temps d’une seconde lors d’une sortie.

Mais peu importe comment nous viennent, en tant qu’auteur, ces personnages. Notre inspiration les choisit, s’en saisit, en fait quelque chose qui deviendra une tranche de vie dans un roman.

Voilà pourquoi mes poils se hérissent quand j’entends cette phrase : « Je peux être un de tes personnages ? »

Cette situation gênante où les gens réclament

Avouons-le, il n’y a rien de pire qu’une personne qui réclame. Enfin personnellement, j’ai horreur de ça. Lorsque les gens autour de moi ont commencé à savoir que j’écrivais, certains m’ont dit, sur le ton de la plaisanterie, que j’allais écrire leur biographie.

Mais pour quelques-uns d’entre eux, rares heureusement, il ne s’agit pas d’une blague. Et ils insistent lourdement pour que je les inclue dans l’un de mes livres, ou pire, pour que je leur dédie un roman. Rien que ça.

Depuis quelques années maintenant, j’écris une saga intitulée Gros Jet, dont les personnages principaux sont ma sœur et ma cousine. Il s’agissait initialement d’un cadeau d’anniversaire pour les 20 ans de ma sœur. Mais ça a dérapé, je me suis laissée entraîner, et j’ai déjà écrit trois tomes.

Une personne que je fréquentais à l’époque où je rédigeais le premier volume m’a aussitôt réclamé de lui faire la même chose pour son anniversaire. Et elle s’est vexée quand je lui ai expliqué pourquoi je ne pouvais et ne voulais pas le faire.

Ma plus grande surprise a tout de même été quand un parfait inconnu m’a ajoutée sur LinkedIn et m’a demandé après deux ou trois messages échangés d’être l’un de mes protagonistes.

Qui sait, peut-être qu’en croisant cet homme dans la rue, j’aurais pu avoir une inspiration soudaine et décider de créer un personnage inspiré de lui. Ou peut-être que s’il avait été l’un de mes proches, avec une personnalité correspondant à l’une de mes intrigues, il aurait pu devenir l’un de mes protagonistes. Peut-être. Mais l’inspiration ne se provoque pas, ne se réclame pas.

GIF Embarrassed

Les risques à s’inspirer du réel

J’aimerais souligner qu’il existe des risques à s’inspirer de personnes réelles. Là, je ne parle pas de celles qui réclament, puisqu’à titre personnel, je leur réserve dorénavant un NON catégorique. Je parle ici de vos amis, vos proches, votre famille, vos connaissances que vous souhaitez mettre dans votre récit.

Je trouve qu’il est difficile d’être aussi libre avec un personnage inspiré d’une personne qui lira votre roman qu’avec un protagoniste créé de toutes pièces. Je m’explique. Imaginons par exemple que vous vous inspiriez d’un de vos amis que vous aimez beaucoup, mais qui est vraiment très laid et plutôt susceptible à ce propos. Au moment de la description physique, arriverez-vous à le présenter tel qu’il est, au risque de le blesser lorsqu’il lira votre prose ?

Pareil pour le caractère, certains traits de personnalité soulignés pourront être jugés vexants. Bien sûr, vous pouvez prendre des libertés et modifier certains détails qui ne vous plaisent pas, mais là encore, votre modèle peut se sentir « trahi » et se demander pourquoi vous modifiez son attitude.

Un autre risque, et non des moindres, est de vous fâcher avec vos personnages. J’ai écrit lors de mon entrée à la fac un roman, A – In nomine Patris, dans lequel les protagonistes sont mes copines de classe et moi-même. Sauf que voilà, je me suis irrémédiablement disputée avec deux d’entre elles. Et comment vous dire, je n’avais aucune envie d’écrire les quatre tomes suivants de la saga.

Ces personnages qui polluent le récit

Mettre des personnages dans votre histoire car on vous l’a demandé, n’est-ce pas polluer votre récit ? Dans un roman, il ne doit pas y avoir de choses inutiles. Il faut que chaque élément serve l’intrigue d’une manière ou d’une autre.

Les personnages secondaires ne sont pas là pour faire joli, on les intègre à la trame pour qu’ils la complètent. Ainsi, ils donneront des indications aux protagonistes, leur mettront des bâtons dans les roues (et pas dans les roux), serviront de diversion… Mais, à moins de vouloir créer un sentiment totalement absurde, comme le font certains personnages dans le livre Poubama de Stupidfictions, on ne place pas des personnages juste comme ça, juste pour qu’ils soient là.

En acceptant d’intégrer une personne à son intrigue, on risque de tout bousculer, d’alourdir le récit, de lui faire perdre sa pertinence. Quand j’écrivais In nomine Patris justement, j’avais tendance à vouloir mettre tous les gens de ma promotion dans l’intrigue. Finalement, elle était devenu très lourde, avec des dizaines de personnages dont on ne saisissait plus l’utilité.

De la même manière, j’ai dû, lors de défis d’écriture, placer des personnages d’autres auteurs dans mon récit. Un exercice qui peut être amusant le temps d’un petit texte, d’une nouvelle. Mais je réalise aujourd’hui qu’il desservait plutôt mon roman en y ajoutant des choses inutiles.

Bref, tout ça pour dire : ne vous laissez pas faire ! Si vous n’en avez pas l’envie, envoyez paître tous ceux qui vous réclameront d’entrer dans votre histoire. Il en va de même pour ceux qui arrivent avec leurs gros sabots pour dire : « J’ai une idée de roman pour toi ! » Mais ça, c’est un autre sujet

Et vous, avez-vous déjà subi cette pression ?

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