La réécriture de conte : mode d’emploi

La réécriture de conte : mode d’emploi

Le conte est un genre littéraire qui s’est un peu démodé avec le temps. La mécanique est souvent la même, avec une morale parfois prévisible et un style d’écriture pas toujours digeste. Bref, on pourrait croire qu’il appartient au passé. Mais pourtant, de nombreux auteurs, d’hier comme d’aujourd’hui, ont choisi de se réapproprier ces histoires millénaires pour en offrir une nouvelle version. Et si, vous aussi, vous décidiez de réécrire un conte à votre sauce ?

Réécrire un conte de fées

Mais d’abord, pourquoi réécrire un conte ?

De nombreuses œuvres de toutes les époques s’inspirent des contes et des mythes anciens. Parfois même, un conte est inspiré d’un autre conte, qui lui-même est inspiré d’une légende antique. Bref, on peut retrouver des traces d’histoires anciennes dans plein de livres en tout genre.

Mais pourquoi ? Pourquoi aimons-nous à ce point les contes et légendes, jusqu’à les réécrire inlassablement au fil des siècles ? Je pense qu’en premier lieu, nous apprécions le caractère universel de la plupart d’entre eux. On y retrouve des règles de morale, mais aussi de la magie, ce qui nous fait immanquablement rêver. Et la plupart du temps, tout se termine bien.

Sauf qu’il n’est pas forcément évident de lire et d’apprécier les contes en eux-mêmes. Croyez-moi, j’ai lu l’intégrale des contes bretons de Coop Breizh… Le style d’écriture d’un conte est très particulier. Certains sont en vers, comme les mythes grecs (ex : L’Odyssée d’Homère). Les autres ont généralement toujours la même construction, ce qui peut vite lasser. Je me souviens justement qu’en lisant des recueils de contes bretons, j’ai retrouvé peut-être vingt versions différentes d’un même conte, avec juste quelques variantes de lieu, de personnages ou d’objet magique. C’était… crispant.

Pourtant, le fond des contes et mythes peut être magnifique, et c’est dommage de s’en priver, à la fois en tant que lecteur… et qu’auteur ! C’est là qu’une réécriture peut être intéressante : elle permet de réadapter un texte ancien à notre époque, de le rendre digeste, mais aussi de se l’approprier.

Qui n’a jamais lu une histoire en se disant : « Han, mais la fin est nulle, je n’aurais pas du tout fait comme ça ! » Eh bien la réécriture vous permet justement de créer votre propre version. Et au passage, elle peut faire redécouvrir des œuvres oubliées.

Comment réécrire un conte ou un mythe ?

La réécriture de conte peut se faire à plusieurs niveaux. On peut simplement s’inspirer d’un conte ou d’une légende. C’est par exemple le cas de La Belle et la Bête, écrit par Gabrielle-Suzanne de Villeneuve. Elle s’est librement inspirée du conte grec de Psyché et Éros pour en faire quelque chose de totalement nouveau. Plus récemment, on peut citer Le Royaume assassiné d’Alexandra Christo, qui reprend le thème de la petite sirène et du prince charmant, en version bien plus sombre que l’originale.

Il peut également s’agir d’une réadaptation. C’est ce qu’a fait Jeanne-Marie Leprince de Beaumont en réécrivant La Belle et la Bête de Villeneuve en changeant ce qui ne lui plaisait pas. Moi, le Minotaure de Sylvie Baussier reprend quant à lui le mythe de Thésée et le labyrinthe, mais du point de vue du Minotaure, qui ne serait finalement pas le monstre que l’on croyait.

Enfin, on peut mélanger diverses œuvres existantes. C’est par exemple ce qu’a fait Rick Riordan avec sa longue série Percy Jackson et ses dérivés, qui réunit les mythes grecs, romains, égyptiens et nordiques. Dans un autre registre, on peut mentionner la série télévisée Once Upon a Time, qui mélange tous les personnages de contes célèbres, comme Blanche-Neige, Peter Pan ou la Belle au Bois dormant.

En tant qu’auteur, vous pouvez prendre toutes les libertés que vous souhaitez : écrire une saga de fantasy, un roman réaliste, une nouvelle horrifique, un conte moderne… Vous pouvez faire en sorte que Wendy abandonne Peter Pan pour le Capitaine Crochet, que la méchante Reine soit effectivement la plus belle du royaume, que le Petit Chaperon rouge soit un garçon et Hercule, une femme. Bref, la seule limite est votre imagination. Oh, et aussi, un peu le droit…

Attention au plagiat et aux droits d’auteur !

En France, le Code de la propriété intellectuelle dispose (et non pas stipule) qu’une œuvre tombe dans le domaine public soixante-dix ans après la mort de son auteur. Cela signifie qu’elle n’est plus protégée par le droit d’auteur et peut être reprise par d’autres écrivains (ou artistes). Perrault, Andersen, Grimm, Homère et toute la clique des conteurs anciens sont morts depuis bien longtemps, il est donc possible de reprendre leurs textes pour créer de nouvelles œuvres.

Toutefois, le droit ne s’applique pas toujours de la même façon selon les pays et les œuvres. Récemment, l’auteur Nancy Springer a essuyé une plainte des ayants droit d’Arthur Conan Doyle pour avoir écrit un livre inspiré de l’univers de Sherlock Holmes. On lui reproche notamment d’avoir utilisé des émotions propres au célèbre détective dans son roman alors que celles-ci étaient une propriété protégée. Pour éviter ce genre de déconvenue, il vous revient donc de vérifier si l’œuvre que vous souhaitez réécrire n’est pas encore protégée.

De plus, il est important de ne pas tomber dans le plagiat. En aucun cas vous ne devez vous approprier une œuvre qui ne vous appartient pas. Si, par exemple, vous recopiez intégralement Alice au Pays des Merveilles en changeant simplement le nom de la protagoniste, ce sera considéré comme du plagiat. Il faut offrir une œuvre originale qui est simplement inspirée du conte ou de la légende que vous aurez choisi.

Conte de fées

Quelques sources pour vous inspirer

Évidemment, lorsque l’on veut réécrire un conte, mieux vaut lire les livres en question avant de s’y mettre. Voici une petite liste de quelques auteurs, connus ou moins connus, qui se sont essayés au genre du conte :

  • Hans Andersen (La Petite Sirène, La Reine des Neiges…)
  • Les frères Grimm (Blanche-Neige, Raiponce…)
  • Charles Perrault (La Barbe bleue, Le Petit Chaperon rouge…)
  • Homère (L’Iliade, L’Odyssée)
  • Ovide (Les Métamorphoses)
  • Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (La Belle et la Bête)
  • Gabrielle-Suzanne de Villeneuve (La Belle et la Bête)
  • François Rabelais (Pantagruel, Gargantua…)
  • Voltaire (Candide, Micromégas…)
  • J. M. Barrie (Peter Pan)
  • Lewis Caroll (Alice au Pays des Merveilles)
  • Charles Dickens (Oliver Twist, Un chant de Noël…)
  • Robert Southey (Boucle d’Or et les trois ours)
  • Sergueï Prokofiev (Pierre et le Loup)

Vous pouvez également porter votre intérêt sur les mythes religieux païens ou monothéistes, ou bien sur les contes traditionnels de différentes régions du monde (Afrique subsaharienne, Maghreb, Orient, Asie, Russie, Océanie, Amérique du Sud, peuples amérindiens ou inuits, etc.). Les Contes des mille et une nuits par exemple, publié anonymement, peut être une excellente source d’inspiration. La France aussi regorge de contes et de légendes en tout genre, selon les régions. Je parlais précédemment des contes bretons, mais il en existe bien d’autres. Et n’oublions pas non plus le célèbre roi Arthur et ses chevaliers de la Table ronde qui peuvent donner lieu à diverses réinterprétations (Kaamelott ❤️).

Enfin, pour étudier les contes et leur mécanique en profondeur, je vous recommande La Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim. Je vous garantis qu’avec ça, vous ne verrez plus du tout les contes de la même manière…

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